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Soumis au ministre des Finances du Québec

Deux enjeux centraux guident les recommandations de la Coalition solidarité santé au ministre des Finances dans le cadre des consultations prébudgétaires du gouvernement du Québec : la lutte et l’adaptation aux changements climatiques – qui imposent notamment une redémocratisation du réseau de la santé et des services sociaux ainsi qu’un réinvestissement substantiel dans les soins et services – et l’instauration d’une assurance médicaments entièrement publique et universelle.

Santé et lutte aux changements climatiques

Au moment de la 21e Conférence des parties tenue à Paris en 2015 (COP21), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que « le changement climatique représente la plus grande menace pour la santé dans le monde au XXIe siècle. » L’OMS prévoit qu’entre 2030 et 2050, la crise climatique provoquera 250 000 décès supplémentaires par année. La science prédit des conséquences majeures sur la santé des populations, dont certaines se font déjà sentir, y compris au Québec (multiplication des sécheresses, des inondations, des feux de forêt, des canicules et des événements météorologiques extrêmes, insécurité alimentaire croissante, propagation facilitée de certaines maladies infectieuses, etc.).

Lors de la grande manifestation historique du 27 septembre dernier, des centaines de milliers de Québécoises et de Québécois sont descendus dans les rues pour revendiquer des engagements clairs et des actions vigoureuses de la part du gouvernement en matière de lutte aux changements climatiques.

Considérant que les bouleversements climatiques constituent la plus grande urgence sanitaire à laquelle font actuellement face le Québec et l’humanité, nous recommandons :

Recommandation 1

Que le gouvernement du Québec élabore un plan de lutte contre les changements climatiques et prévoit dans son budget 2020-2021 des investissements conséquents permettant au minimum d’atteindre les cibles de réduction de gaz à effet de serre recommandées par le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), à savoir 45 % dès 2030 par rapport aux émissions de 1990; que ce plan soit élaboré dans une perspective de justice sociale, évitant de faire porter le fardeau économique de la transition aux plus démuni.e.s et prévoyant des mesures de soutien et de reconversion pour les travailleuses et les travailleurs dont les secteurs d’emploi seront affectés par la transition.

Par ailleurs, les gouvernements ayant trop tardé à mettre en œuvre les mesures nécessaires pour prévenir les conséquences des bouleversements climatiques, certains impacts sociosanitaires de cette crise sont désormais inévitables. Dans ce contexte, le réseau de la santé et des services sociaux est appelé à jouer un rôle névralgique dans l’adaptation et la résilience des communautés face à ces conséquences. Le gouvernement du Québec doit donc prévoir dès maintenant des mesures vigoureuses pour donner au réseau la capacité de répondre aux besoins sociosanitaires croissants qui seront (et qui sont déjà en partie) causés par la crise climatique. Deux recommandations principales découlent de ces considérations.

Premièrement, afin que le réseau soit davantage perméable à ces besoins et qu’il soit en mesure de s’y adapter efficacement et rapidement, notamment grâce à la mobilisation citoyenne, nous recommandons :

Recommandation 2

Que le gouvernement du Québec mette en place des mesures afin de : 1) (re)démocratiser les établissements de santé et de services sociaux à l’échelle de toute la province en impliquant les communautés, les usagères et les usagers et le personnel des différentes installations des établissements (CISSS et CIUSSS) dans la gestion des soins et des services; 2) rapprocher les lieux de décision des lieux d’action et de prestation des services et des soins en décentralisant le pouvoir au sein du réseau, notamment en recréant des conseils d’administration locaux.

Deuxièmement, afin que les réseaux public et communautaire en santé et services sociaux possèdent les ressources humaines et financières nécessaires pour répondre aux besoins sociosanitaires qui découleront des bouleversements climatiques, nous recommandons :

Recommandation 3

Que le gouvernement du Québec prévoit dans son budget 2020-2021 un réinvestissement substantiel dans les services publics de santé et des services sociaux ainsi qu’un rehaussement du financement de la mission globale des organisme communautaires autonomes ; que ce réinvestissement permette en particulier un renforcement des soins et services multidisciplinaires de première ligne et une amélioration des conditions de travail des travailleuses et des travailleurs du secteur de la santé et des services sociaux, seule avenue susceptible de contrer la pénurie de personnel dans ce domaine.

Dans cette optique, la Coalition solidarité santé souhaite d’ailleurs exprimer son appui de principe aux revendications des travailleuses et des travailleurs du réseau qui sont présentement en négociation pour le renouvellement de leurs conventions collectives.

Assurance médicaments : ne rien faire n’est pas une option pour le Québec !

Depuis plusieurs années, des acteurs et des experts de plus en plus nombreux se sont positionnés en faveur d’un régime public et universel d’assurance médicaments. De plus, il existe un fort consensus social et scientifique québécois pour l’instauration d’une assurance médicaments 100% publique. Malgré cela, le gouvernement du Québec répète qu’il refusera de participer à un éventuel régime national d’assurance médicaments public et universel, sous prétexte que le Québec a déjà son propre régime.

Or, le Québec ne peut se permettre de faire bande à part dans ce dossier. Notre modèle québécois d’assurance médicaments (privé-public) pose de graves problèmes, tant sur le plan social que sur le plan financier. Dans ce contexte, ne rien faire n’est pas une option! Ne rien faire, c’est accepter :

  • que près d’une Québécoise et un Québécois sur dix n’ait pas les moyens de se procurer ses médicaments d’ordonnance;
  • qu’au Québec, des personnes doivent choisir entre manger ou acheter leurs médicaments;
  • que le Québec paie les prix les plus élevés du monde pour ses médicaments, tout juste derrière les États-Unis et la Suisse;
  • que le Québec continue de dépenser plus que les autres provinces pour ses médicaments (1 144 $ par habitant au Québec contre 1 043 $ pour le reste du Canada et 713 $ pour la médiane des pays de l’OCDE);
  • que le prix des médicaments continue d’augmenter de façon incontrôlable (dépenses de 2,6 milliards en 1985 à 33,7 milliards en 2018 au Canada), plombant les finances publiques et les régimes d’assurances collectives (la population du Québec paie près de 9 milliards annuellement pour ses médicaments prescrits, et la croissance des coûts est insoutenable);
  • que dans les milieux de travail, le coût des assurances collectives privées  qui ne cesse d’augmenter (6 à 12 % de la masse salariale au Québec) soit devenu un frein important à l’amélioration des conditions de travail;
  • que les Québécoises et les Québécois continuent de recevoir des factures différentes pour une même ordonnance selon qu’ils soient assurés au public ou au privé, ce qui pose des problèmes d’équité évidents.

Afin de mettre fin aux problèmes graves d’équité et d’accès aux médicaments générés par le modèle québécois public-privé d’assurance médicaments ainsi que pour permettre un meilleur contrôle des coûts, nous recommandons :

Recommandation 4

Que le gouvernement du Québec s’engage dès maintenant dans une réforme du régime hybride d’assurance médicaments afin de mettre en place un régime entièrement public et universel et qu’il se positionne en appui aux initiatives en ce sens.

Assurance médicaments Changements climatiques Démocratie Mémoires

Reprendre le contrôle de notre système de santé et de services sociaux!

Austérité, centralisation, privatisation, « new management » ne sont pas des mots apolitiques. En santé, on a assisté à la disparition de trop nombreuses instances de représentation, à la perte d’espaces d’échange, de vigilance et de surveillance, en plus de voir s’éloigner les lieux décisionnels, qui sont désormais hors de portée des communautés et des travailleuses et des travailleurs oeuvrant dans le réseau.

La démesure des nouvelles structures a un impact important sur la capacité des syndicats à rejoindre et à réunir leurs membres et pourrait affecter leur rôle pourtant essentiel de grands rassembleurs et de grands mobilisateurs. Les comités d’usagers, quant à eux, ont subi d’énormes pressions pour se dépolitiser et réduire l’étendue de leurs actions. Des nominations aux intérêts discutables se sont multipliées dans des conseils d’administration qui opèrent à des échelles de plus en plus étendues. Les personnes les mieux placées pour représenter la diversité de la population québécoise se sont fait montrer la porte des lieux de concertation et de décision. La voix des équipes professionnelles est tue par la présence d’une gestion de plus en plus lourde, contraignante et menaçante. Les informations et les données pertinentes sont dissimulées, orientées ou carrément inexistantes. Les groupes communautaires épongent les ratés du système sans avoir droit de cité.

En somme, on a un réseau public qui n’a plus de comptes à rendre à personne. Dans ce contexte, il est plus facile que jamais pour les décideurs politiques et les gestionnaires d’imposer de nouvelles méthodes de travail déshumanisantes (ex : Lean) et d’aller de l’avant avec des coupures de services et une ouverture grandissante au privé. Pendant ce temps, les personnes ayant recours aux services de santé ou aux services sociaux et les travailleuses et les travailleurs du réseau sont soumis à des formes sans précédents et de plus en plus nombreuses de reddition de comptes.

L’absence de démocratie, c’est… l’autoritarisme.

L’Assemblée générale annuelle de la Coalition solidarité santé a donc pris la décision de mettre sur pied un comité démocratie pour agir sur cette problématique et réintégrer de réels leviers de pouvoir pour les communautés et les travailleuses et les travailleurs dans cette méga structure qu’est devenue le système de santé et de services sociaux. Le diable est dans les détails et il est impensable d’agir sur toutes les problématiques vécues dans le réseau en passant constamment et uniquement par le ministère ou par une direction qui ne fait plus la distinction entre le chiffre et le vrai.

Les solutions abondent! Exiger des conseils d’administration publics dans tous les GMF? Revendiquer que dans chaque conseil d’administration du réseau un certain nombre de sièges soit réservé aux personnes représentant la diversité? Demander une redéfinition du rôle des comités d’usagers? Refuser que les compétences des soignantes et des soignants soient remises en question par des outils de gestion? Créer nous-même de nouveaux espaces d’échanges et d’actions? Vous avez probablement vous-même d’autres solutions en tête. On vous invite donc à reprendre le contrôle du système avec nous et à joindre le comité démocratie!

Contact: cssante@gmail.com

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Proposition soumise au débat collectif électoral.

Ce document est le fruit de trois années de consultations, de prises de position publiques, d’organisation et de participation à des événements collectifs axées sur la réforme de la santé. Notre engagement s’est imposé en réaction aux inquiétudes et aux constats négatifs que cette réforme a suscités dans tous les milieux concernés. Nous tenons à remercier les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux, rencontrés au cours des derniers mois, pour la confiance qu’ils nous ont témoignée. Tout en assumant entièrement la responsabilité du contenu du document, nous croyons qu’il reflète bien leur analyse et permet de partager les pistes de solutions qu’ils nous ont suggérées.

 

 

Auteur.es.:

Maria De Koninck, professeure émérite et associée, Département de médecine sociale et préventive, Université Laval 

Marc-André Maranda, directeur du programme de santé publique au Ministère de la santé et des services sociaux de 2003 à 2009

Pierre Joubert, directeur de la recherche et de l’évaluation au MSSS de 1997 à 2001 et directeur de la recherche, de la formation et du développement à l’INSPQ de 2003 à 2010.

 

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